Casanova
Paris
 




 
 
La bonne distance
 
 

« Peter Handke avoue une colère vis-à-vis de ceux qui ne sont jamais fatigués, incapables d’entrer dans cet état sensible qui décompose les êtres, et les choses ; je me souviens aussi que le dieu artisan de Platon est un dieu impuissant et mourant ; enfin que d’après la gnose le mal s’introduit avec l’épuisement du Créateur ; mais il y a une autre voie que celle de la fatigue, et du désœuvrement. Il y a la voie de Christian.

Un art du souffle et de la vitesse. De l’esprit et du corps. Une lévitation. C’est sa part chinoise, sauf qu’elle lui est naturelle, lui vient sans exercices, mêmes spirituels ;
Une morale de la joie suspendue ; celle-ci étanche, bougeant à peine, évoluant dans de fins décalages qui la protègent du chaud ou du froid ;
Une grande fugue, sur les mers extérieures, les chemins de crête, les routes volantes, les étagères ;
Une langue qui adoucit tout ce qu’elle touche instantanément, choses et personnes ; euphorise, ménage, ne brûle jamais, ne sait rien soupçonner ;
Un regard du jour même, qui vibre au soleil des défilés (Bureau d’études est l’anti-Recherche, sa Galerie n’est pas le Bal de têtes que le temps a défigurées ; le temps et sa moisson macabre y sont congédiés), qui accueille êtres et événements ensemble, et aperçoit sur le mur (pas le petit pan de mur jaune qui provoque la mort de Bergotte) les feuillages qui bougent. »

Thierry Tricard