Casanova
Paris
 




 
     
 

What you see is what you guess WYSIWYG


Le Frac Champagne-Ardenne présente une exposition d’artistes questionnant – aux confins de la recherche scientifique et de l’art – la notion d’intuition que l’on peut avoir ce que qui s’annonce comme réel. Le communiqué de presse énonce la règle du jeu : ce qui est donné à voir peut déjouer les attentes raisonnables. Or ce qui est donné à voir à Reims mérite absolument le détour. WHAT YOU SEE IS WHAT YOU GUESS / WYSIWYG.

OEUVRES DE CHRISTIAN ANDERSSON / ATTILA CSÖRGÖ / CEAL FLOYER / CHRISTOPH KELLER / STEVEN PIPPIN / JULIUS POPP/ ARCANGELO SASSOLINO.

Exposition du 14 septembre au 18 novembre 2007

Jusqu’où la perception informe-t-elle la conscience ? à l’inverse, à quel moment la connaissance corrige-t-elle la perception ? Le Frac Champagne-Ardenne présente du 14 septembre au 18 novembre une exposition dont le commissariat a été confié à la critique d’art italienne Alessandra Pace.




What You See Is What You Guess / WYSIWYG fait écho à l’acronyme de la locution anglaise What You See Is What You Get, signifiant littéralement en français “ce que vous voyez est ce que vous obtenez”. Nous interprétons effectivement les apparences d’après leurs relations causales et sommes amenés à faire des prédictions raisonnables et rapides sur le devenir de certaines actions. L'attente des effets et des conséquences comble les intervalles de la perception, de sorte que nous prenons pour réalité des objets ou événements créés de toute pièce dans notre esprit, avant même qu'ils ne prennent formes véritables.

Soline Haudouin en revient et raconte:

Un homme s’approche d’un mur sur lequel il croit voir l’ombre d’un projecteur situé derrière lui. Il la scrute, touche le mur, se place entre le projecteur et son ombre pour faire disparaître cette dernière…Quelque chose cloche…L’ombre demeure. D’ailleurs, le projecteur est la seule source de lumière dans la pièce, mais deux ombres sont projetées… is what I see really what I guess ? L’air dubitatif de l’homme donne le ton à la nouvelle et passionnante exposition du FRAC de Champagne-Ardenne.

What you see is what you guess (WYSIWYG) joue avec notre perception, notre logique, notre rationalité. Les liens de causalité habituels sur lesquels les visiteurs fondent leur raison sont dupés par l’art. L’art n’est plus le vecteur de nos connaissances, il en devient l’élément perturbateur.

Les fausses projections de Christian Andersson dans son œuvre intitulée F for Fake (2002) éclaire le projet des commissaires Alexandra Pace et François Quintin. Les artistes présentés ont exploré les frontières communes entre le scientifique et l’artistique, mettant au jour la machinerie de l’œuvre. L’œuvre mise à nu dévoile sa conscience. Cette conscience informe le spectateur. Etonnement et perplexité comme cheminement vers l’art ? Le défi est intéressant. Il s’agit de trouver de nouvelles formes d’expression de l‘émotion. Comme si les acteurs d’une pièce de théâtre jouaient sous la scène ou derrière le rideau afin de révéler par leur jeu même tout ce que la mise en scène présuppose de techniques et de machines. Le pari des commissaires est qu’une information est glissée dans le silence des structures mécaniques, des équations subtiles, des équilibres nanométriques. L’art du 21ème siècle sera-t-il celui des technologies émotionnelles ?

Evoluez dans les deux grandes salles du Musée de l'Ancien Collège des Jésuites, où le FRAC CHAMPAGNE ARDENNE a été ses quartiers, vous êtes d’une part trompés par Ceal Floyer (Projection, 1997) qui, comme Christian Andersson, s’amuse avec la perception grâce à la projection lumineuse d’un clou planté dans un mur, laissant libre court à votre imagination quant à la présence réelle ou non de ce clou dans le mur, ou quant à la finalité de sa présence (mais où est donc le tableau qu’il est censé supporter ?…). Présence ou absence de l’art ? Art en creux , art en bosse ?

Vous pourrez ensuite vous demandez si vos sens font sens, découvrir le panorama photographique d’une réalité déformée par Rundum Alexanderplatz (1996) de Christopher Keller, ou bien encore être troublé par la présence de trois formes géométriques comme suspendues dans l’air d’une salle obscure (Three Solids, 1993, Attila Csörgö, lumière projetée sur colonnes de sable tombant de silos).


Troubles de la vue, troubles de la conscience, mais rassurez-vous, rien de pathologique dans tout cela. Au contraire. Car la pièce maîtresse, ou qui du moins marquera sans doute le plus les esprits dans cette exposition, a ceci de fascinant qu’elle est aussi désagréable qu’enivrante, aussi effrayante qu’attirante. « L’Araignée », ainsi furtivement baptisée par les visiteurs intrigués, provoque l’angoisse et la soigne par sa propre souffrance. Arcangelo Sassolino a effectivement fait d’une sorte de machine excavatrice une bête fragile et dotée d’une âme, bête qui, se déplaçant lentement en ouvrant et fermant ses pinces, crée un son strident par le frottement de ces dernières sur le béton, plongeant ainsi l’ensemble du lieu dans une atmosphère plus que particulière. Et, bien plus qu’une âme, c’est la reconnaissance de toute une civilisation industrielle que Sassolino souhaite offrir aux machines (il était temps).

Enfin, sachez que des miracles sont encore possibles au cœur de la cité des sacres….et oui, car à l’endroit même où s’agenouillaient autrefois les futurs rois et reines de France pour prier avant leur couronnement, se dresse en ce moment, par le pouvoir quasi divin de Steven Pippin, un crayon, oui, un simple crayon, mais debout, fixe, sur sa mine, narguant fièrement l’autel et son hôte dans la chapelle royale (Omega=5, 2005).

L’art un miracle ? Les pèlerins qui ont fait le voyage jusqu’à Reims ont eu la réponse…ce qui est sûr, c’est que si miracle il y a, il ne durera pas pour l’éternité. C’est jusqu’au 18 novembre 2007, et c’est au FRAC de Champagne-Ardenne et dans la chapelle palatine du Palais de Tau. Le voyage vaut la peine.


Email: Régional d'Art Contemporain de Champagne-Ardenne