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Le
label « Naxos » vient
d’éditer un coffret de 24 CD pour le 30ème
anniversaire de la mort de Maria Callas et l’a intitulé « Callassothérapy » précisant
en sous-titre « l’essentiel et le meilleur de
Maria Callas ».
Quoi d’insolite dans ce produit culturel destiné à un
large public : de rappeler le génie de cette cantatrice ?
de faire vibrer le plus grand nombre au son quasi surnaturel de la
voix de cette diva ? de faire découvrir à de plus
jeunes mélomanes l’un des sommets de l’histoire
du chant et de l’opéra ?
Bien évidemment, tous ces motifs rentrent très logiquement
dans une opération marketing de grande envergure ( adresse
e-mail du diffuseur inscrite dans la publicité, numéro
de téléphone du service aux particuliers mentionné,
mention faite à la critique internationale, vraiment, rien
ne manque pour le succès escompté de l’opération)
mais le principal objectif n’est pas là.
Ce
qui reste troublant voire énigmatique, c’est la
référence à la thérapie, le sous-entendu
d’une guérison nécessaire.
Mais qui dit thérapie dit aussitôt malaise, gêne,
souffrance et maladie, le tout en vrac depuis que l’on a bien
compris que l’homme moderne est à la fois corps et esprit,
organisme et subjectivité, être naturel et produit culturel.
Plutôt que de renvoyer à une recherche des causes de
la maladie – c’est-à-dire à un discours
rigoureux de nature étiologique-, au lieu de distinguer observation
clinique des maux, perception diffuse des malaises ou regard davantage
sociologique sur les souffrances, le terme même de « thérapie » semble
par lui-même nommer un mal-être et le guérir,
reléguant les analyses des symptômes au rang d’accessoires.
Si vous ne savez pas exactement si et pourquoi vous vous sentez mal,
prenez quand même cet onguent musical qui vous guérira
d’un malaise inutile à identifier.
Le présupposé est donc le suivant : il n’est
plus nécessaire d’acheter par plaisir ou d’écouter
la Callas pour retrouver la grâce d’une voix incomparable,
un demi CD par jour pendant 4 mois devient indispensable pour vous « sentir
mieux », éloigner toute manifestation d’une
véritable maladie. Ne vous demandez pas si vous désirez
réentendre cet air de la Traviata ou apprécier le rôle
de Zerline du Mariage de Figaro, il vous faut de la Callas comme
vous aviez autrefois besoin d’argile, de bicarbonate de soude
ou d’une banale aspirine.
L’acte de consommer que de vénérables sociologues
désignaient comme « compulsif » est
désormais relégué au rang de phénomène
obsolète. Acheter aujourd’hui, c’est répondre à la
prescription étrange d’une guérisseur implicite
qui a vu avant vous, à votre place et pour votre bien non
pas ce que vous désiriez mais ce dont vous avez besoin .
S’offrir un coffret de « Callassothérapy » revient à reconnaître
les vertus de la musique comme une cure en thalassothérapie
est jugée indispensable pour les problèmes circulatoires
ou lymphatiques.
Mais là où la «thalasso » visait à soigner
un problème organique cliniquement observé, la désormais « callasso » vous
remet d’aplomb sans diagnostic préliminaire.
Ce
n’est plus seulement le malade qui est imaginaire mais
aussi le médecin.
Brice de Villers
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