Le blog de David Genzel est plein d’énergie.

Le monde des publicitaires en est le point de départ. C’est un univers que David connaît bien. Il y fait carrière. C’est donc assez naturellement qu’il y puise sa matière première. Mais l’originalité de ce blog n’est pas là. David (et sa compagne Céline, inspiratrice curieuse, facétieuse, touche à tout, attentive à tout et qui signe le blog avec lui) a réussi en quelques mois à faire de http://davidetceline.over-blog.com/  un étonnant aspirateur à témoignages, à échanges, à connivences.
La force qu’on a eu, dit il, c’est qu’on a publié les mails avec les adresses personnelles des gens.
La clé d’entrée est donc d’abord un effet de transparence ? Au début les gens sont surpris. Ils ne savent pas qu’ils vont être publiés, continue-t-il. Je lui fais part de ma perplexité : mais ils finissent par s’en rendre compte… David sourit et ne relève pas. Il sait bien que le moteur même de l’époque est là. Une sorte de transparence à la fois sincère, un peu ostentatoire, dans une relation floue avec l’intimité. Les contributeurs du blog ne sont donc pas dupes et jouent le jeu avec obligeance.
Comment cela se passe-t-il ?
David et Céline y convoquent la vie de leur quartier – l’Odéon. Ils y racontent les rencontres, les dîners en ville, les visions furtives, les personnages. C’est un quartier qui a de l’épaisseur, on sait. Un quartier mille-feuilles où on ne peut pas lever les yeux sans se croire dans un talk-show ou dans les pages people des magazines littéraires ou artistiques ou cinoche. En direct ou en différé, David et Céline les invitent. Leur blog est une expérience commune, tissée de regards curieux, d’écoutes attentives, bienveillantes ou agacées selon les jours sur une faune qu’ils côtoient avec une griserie charmante. Et –  c’est qui donne à l’expérience tout son sel et son poivre – ils agrègent à tout cela les mails que provoquent leurs commentaires, les commentaires des commentaires, les coq à l’âne des uns, les inspirations des autres, les vitupérations et les enthousiasmes.
On repère vite le ressort secret de cette aventure: faire l'inventaire d'une époque en se laissant inspirer par le courant du fleuve - faire œuvre de sérendipité, c'est-à-dire de trouver le sens du monde sans le chercher, en le laissant venir à soi.
Exercice passionnant et passionné, se commenter soi-même pour faire émerger l'idée directrice de ce que l'on est, de ce que l'on veut faire - quand justement ce qui importe c'est de naviguer dans le courant du fleuve, en trouver les méandres navigables, passer les rapides et toucher la rive pour se désaltérer quand on a soif!
Bref il s'agit de ne pas s'assagir. Regarder et voir le monde de la publicité est une chose, inscrire cette activité industrieuse dans le temps plus large de l'expérience d'une vie, voilà un beau challenge.
J’ai rencontré David et Céline au cœur de cette affaire, au Café de Flore qui leur fait office de tour de guet, de relais de chasse et de tanière. Nous avons passé un excellent moment, reproduisant à notre seul profit pendant cette conversation, à peu près exactement ce qui se passe sur leur blog : convoquant des gens dont nous avons partagé les trajectoires, déambulant dans des passages secrets qui font du monde qui gravite autour de l'Odéon et se désaltère au Flore une métaphore des nouveaux temps modernes. Passages secrets vers des amitiés lointaines, des inimitiés étranges - dont on se demande quelle ostentation, quel besoin de spectacle les ont fait naître.
J’ai pu assumé avec des gens détestés de la pub sourit à nouveau David – concédant s’il en était besoin que son blog est un media et qu’en tant que tel il médiatise, c'est-à-dire transforme et dompte l’inutile cruauté des fâcheries.
Mais il y a beaucoup plus d’amitiés que d’inimitiés dans son blog, et cette bienveillance est pleine d’énergie. Elle dépasse et diffuse largement au-delà d'un premier cercle et aspire des lecteurs qui ont besoin de participer au récit-fable d'aujourd'hui. Il faut dire que David et Céline, par l’entremise d’un réseau d’informateurs qui se sont pris au jeu et les irrigue en permanence, livrent mille petits secrets et autres scoops qui font le bonheur des autochtones du 6 ème arrondissement.

Ce blog à part est parisien sans doute parce que nous devons bien nous ancrer quelque part, mais il est surtout irrigué par le Vierge, le Vivace et le Bel aujourd'hui. Il n’a pas de modèle économique, pas de pub même si la pub est son point de départ. Il est juste le modèle d’une relation passionnelle à un monde que David et Céline connaissent sur le bout des doigts.

Christian Gatard

 

le blog de David Genzel