L’Institut
Gatard et associés vous
propose une lecture e-ditoriale de
l’émergence
des mythes dans le paysage médiatique actuel. Les
thèmes sont choisis en fonction de leur prégnance,
de
leur pertinence, de leur potentiel à expliquer
(un peu) le monde d’aujourd’hui.
Il n’est pas de bons auteurs, sérieux
et savants, qui observant le monde d’aujourd’hui,
n’y
voient un retour des grands schémas mythiques
fondateurs et civilisateurs.
Nous avons voulu y aller voir
de plus près et faire participer à notre recherche
la communauté des lecteurs d’e-dito.
Cet observatoire est donc interactif. Vos commentaires
nourriront ce travail et seront mis en ligne (si vous le
souhaitez). Si tel thème vous paraît pouvoir
relever de cet observatoire nous serons heureux de l’intégrer.
La livraison que vous allez découvrir est
consacrée à trois rendez-vous avec le futur
et un curieux perroquet..
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Le perroquet
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Eté 2018, l’individualisme reste toujours furieusement
tendance mais il aura de nouveaux moyens de s’exprimer. Blaise
Gingembre s’est demandé où et comment cela
allait se passer.
Voici le résultat de son enquête. 3 moments, 3 espaces/temps où chacun
pourra trouver ses marques, faire le point avec lui-même, éventuellement
trouver un contact avec les autres. On pourrait appeler ça les haut-lieux
de soi, des endroits mémorables… dont on va avoir besoin pour se
sentir exister ? sans doute vue la vitesse du monde…
Ces trois nouveaux haut-lieux du moi sont :

Le Hub – c’est un site virtuel sans
doute mais cette terminologie est désuète en 2018
on parle de hub personnel – , partout accessible,
partageable, informable, modulable. Vous voulez savoir qui je suis,
où je suis, où j’en suis ? C’est
le rôle du Hub. L’air du temps en 2018 est nomade et
fluide, comme prévu. L’ère de la transparence
numérique est arrivée : on sait tout sur tout
et sur tout le monde. Le moi de chacun est un spectacle total.
Vous allez à un premier rendez-vous avec une fille … aucun
problème pour tout savoir sur elle, ses ex, sa famille,
son job, son parfum, ses positions sexuelles préférées
et ses films cultes. Ce qui nous serait apparu totalement insupportable
il y a quelques années est devenu la norme… et la
fille sait tout sur vous… on s’adapte.
On sait tout de vous, vous savez tout de tous.
Bénéfice sociétal inattendu : les rues
sont plus sûres et les villes plus accueillantes… car
cette hypraconnaissance, cette transparence absolue est une forme
de surveillance généralisée. Puisque tout
est transparent on fait plus attention.
Auto-surveillance généralisée ? Ca vous
fait peur ? Détrompez vous. Tout cela a été rendu
parfaitement acceptable voire applaudie. On est tellement plus
tranquille ! Des plans vigie-pirates auto-générés
et consensuels voient le jour. Ca vaut mieux, le pire n’est
jamais sûr mais très probable de nos jours. Le terrorisme étant
aux portes, les instances de surveillance elles-mêmes sont
transparentes. On a voté pour elles. Toutes ces caméras
nulle part et partout, cette information partout et nulle part,
c’est nous qui l’avons demandé.
On vous expliquera ça un jour. C’est comme le whisky : an
acquired taste disent les anglais… un goût qui
s’apprend.
Ce
hub, donc, est accessible sur le net, depuis votre téléphone
portable, depuis votre Varuna (voir
plus bas pour faire connaissance avec ce cyber animal indispensable
en 2018).
Exemple
de Hub retrouvé dans les archives d’ e-dito .
C’est en 3 dimensions, ça flotte dans l’air
quand vous le convoquez
Non
il n’y a pas encore tout. En tout cas pas l’info
que vous cherchez. Vous en saurez plus en 2018. Il y a 10 ans certains
intellos restaient assez pudiques.
Le
HUB évoque tout de vous, vous matérialise, vous
localise. Toute forme de secret s’est volatilisée.
Voici le Varuna qui a ses coordonnées propres et que l’on
nourrit comme un animal domestique, que l’on cajole…

Le Texte – livre, article, ou tout support
visuel qui permet de faire passer l’information qu’on
veut dire, qui fixe un message, comme œuvre donnée,
qui rythme son propre passage, sa propre épopée/chronique
de soi car même si le sujet abordé n’est pas
soi il est trace de soi. C’est le mot texte qui
est retenu, presque contre le cours du temps – car si l’image
tend à supplanter le mot, la bataille n’est pas gagnée,
elle est même un enjeu fort car prendre le temps de la lecture,
de l’appropriation du sens qui y a été déposé devient
un vrai défi. Défi de répondre à l’accélération
radicale qu’autorisent les nanotechnologies, défi
ou bonne conscience que l’on cherche dans ce moment de décélération
qu’est la lecture – plaisir rare, presque un peu coupable.
Le
Locus Solus, enfin,
qui est l’instant arrêté dans le monde, l’espace
de la rencontre avec le monde réel, avec l’autre,
avec l’essentiel autre reconnu comme tel, repéré comme
allié de soi au monde – et ce lieu peut-être
sa maison, son hôtel, le banc public sur lequel on vient
s’asseoir et bavarder avec un inconnu. C’est le lieu
de retrouvailles. Au vrai, le café du commerce d’autrefois
fait l’affaire. Cela se sophistique toutefois un peu, et
les lieux en question sont souvent des endroits où l’on
parle, où l’on se restaure, où l’on peut
même parfois dormir. On n’ose pas dire que c’est
un hôtel comme autrefois. On parle plutôt de caravansérail
mais comme le mot est finalement trop long on se rabat sur l’appellation
de fundouk qui est la même chose. Ce qui change
par rapport aux decennies précédentes – et
qui est assez radical – c’est que ces fundouks sont
interdits de technologies. Il n’y vibre aucun téléphone,
aucun écran 3D ne capte l’attention, aucun e-journal
n’est disponible pour le chaland. Seule y compte et s’y
joue la parole échangée. Richesse retrouvée
de la conversation. On laisse le varuna dehors.
En
hommage à Raymond
Roussel, par un contre-pied à la fois ironique et bienveillant…pour
dire la richesse insondable du rapport magique avec l’autre
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vos commentaires, critiques, protestations ou admonestations à la
rédaction
d'e-dito
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