e-dito
et le Bureau d’Etudes Gatard et Associés ouvrent
ici une escale prospective. Une escale prospective?
Un point de convergences, un lieu de rencontres et un carrefour.
C’est aussi un lieu de passages et le point de départ
d’excursions vers ce qui peut nous arriver de meilleur… ou
de pire.
L'ESCALE
prospective d’e-dito est fondé sur quelques
idées simples :
- la prospective relève tout autant de l’anticipation
que de l’implication
- la prospective est une question de visions et de souvenirs
- la prospective n’est pas une idéologie solitaire,
c’est une construction collective.
Cette ESCALE sera alimentée au fil de l’eau, c'est-à-dire
en permanence. Elle sera inspirée par nos travaux personnels
et nos rencontres avec les acteurs de la prospective d’aujourd’hui.
Nous vous reparlerons très vite de René Duringer,
créateur inspiré de smartfutur.fr , de Philippe
Cahen, sentinelle des Signaux Faibles, d’Antoine Couder
et son œil de lynx (mais lui vous le connaissez déjà pour
ses contributions à e-dito) et de tous les gens
que nous rencontrons tous les jours dans nos études… citoyens,
consommateurs, acteurs du monde d’aujourd’hui.
La
prospective est dans l’air du temps. Ce n’est pas
un effet de mode, c’est un effet de nécessité.
1.
Parce que les medias (au sens le plus large de toutes les informations
qui arrivent à nous) informent et nous conforment – quoiqu’on
en ait – à un certain ordre annoncé du
monde, nous nous ajustons à ces perspectives. L’abondance
d’informations, de visions, de points de vue apparaît
un peu chaotique. Ce n’est pas une mauvaise nouvelle
mais autant avoir à disposition un GPS sociétal
en état de marche. Ce que nous donnent les études
qualitatives que nous menons tous les jours.
2.
De nouvelles images des choses, des perspectives en continuité ou
en rupture, en prolongement ou en décalage des courbes,
diffusent dans le corps social. Ces images constituent les
nouveaux horizons utopiques et sont présentées à tous
comme susceptibles d’advenir. Le futur est d’abord
un récit d’aujourd’hui, ancré dans
notre histoire. Le futur nous doit tout.
Les évènements planétaires rythment la fantasmatique
du monde : quelle courbe prolonger à partir de secousses
médiatiques réinterprétées comme
mythes fondateurs ? Tchernobyl 1986 a actualisé la
peur de l’Apocalypse, la paranoïa de l’apprenti
sorcier, l’angoisse de la perte de contrôle, La Chute
du Mur de 89 a fait penser que l’homme pouvait
réenchanter l’homme, mythe messianique, La
mort de Lady Di 1997 a revigoré le mythe de la Princesse,
Manhattan 11 sept 2001 a donné une légitimité à la
paranoïa du terrorisme, actualisé les « conflits
de civilisation », fondé un monde nouveau,
La canicule de 2003… Le tsunami de 2004 … ont
réactivé le mythe d’une colère de
Gaïa…
A chaque fois des faits réels et des fantasmes collectifs
rejoignent des schèmes qui sont dans l’esprit du
temps. Peut-être n’ont-ils faits que rendre visible
et tangible un légendaire qui n’attendaient que
ces occurrences pour opérer leur retour et faire la une
des medias. L’imaginaire du monde se nourrit de ces cataclysmes…Leur
hyper-médiatisation ressemble à une accélération.
3.
A un autre niveau, les classes sociales les plus favorisées,
dupliquées à l’infini des papiers glacés
et des sites Internet tendances, créent une dynamique
du désir et de l’aspiration qui légitime
un mimétisme intense. Les mises en scène « people » les
plus ostentatoires, le dévoilement spectaculaire
et permanent, les révélations, les scoops sont
des moteurs puissants de la fantasmatique sociale. L’enjeu
pour beaucoup est de savoir si on va en être ou pas… La
fracture sociétale se porte comme un charme. Qui peut
encore croire qu’un mythe est une fable ou qu’un
fantasme est une vue de l’esprit. La grande fracture
fantasmatique est une des horizons indépassables de
notre avenir. Il y a là un vaste paradigme: riche/pauvre
(en argent, en motivation, en désir d'indépendance,
en capacité d'indépendance), puissant/misérable,
branché/suiveur, / culture upstream , mainstream et
culture underground. Conformismes, non conformismes, on/off.
Comment écrire quoi que ce soit sans prendre en compte
cet absolu de la société ? Etre maître
de soi vs être esclave des images proposées par
les médias ?
4.
Quand chacun est soumis, subjugué, asservi à cet
autre horizon – plus nouveau, lui, par contre – qu’est
l’accumulation des connaissances, sa diffusion planétaire,
quand "les médias s'intéressent à tout" ,
la question se pose : la connaissance du monde est-elle
une connaissance de soi ? L'abondance, le polymorphisme
des informations changent-ils la donne? Les medias avaient
un rôle de trieur de l'information, d'organisateur. Aujourd’hui:
inversion du flux - on va picorer, sélectionner, trier
soi-même... pour justement se construire soi-même
d'une façon indépendante. Bricolage de ses propres
mythes, réinvention plus libre de soi ? Ce qui renvoie
au fait qu’il faut dépenser de l'énergie
pour être soi-même. Dans le grand tout et le n'importe
quoi ? Est-ce de l'ordre de la cacophonie (qui rendrait à la
limite illisible le discours des médias)? Ou est-ce
une nouvelle grammaire de l'information dont les règles
sont en train de s'élaborer?
5.
Etre aujourd'hui obligé d'avoir une "vie publique" fait
qu’on est amené d'avoir une sorte de marketing
de soi si on veut rester dans la boucle sociale...
Quel
angle d’attaque pour parler des temps qui viennent ?
Voici
quelques pistes :
1.1. Où l’on considère qu’un avenir
proche relève tout autant de l’anticipation que
de l’implication, que le futur est un
commerce et où l’on s’interroge sur les sources de
l’avenir – ressources des futurologues…
1.2. Où l’on se demande si les prospectivistes
ont des visions ou des souvenirs et si des mythes
oubliés ne se recyclent pas – parce qu’il
est peut-être dans la nature de l’espèce de
se reproduire elle-même et ses vieilles rengaines avec.
Mais tout cela se fait en montant, probablement. Pas en descendant,
on espère.
1.3. Où l’on constate une accélération des
innovations, des inventions, des façons d’être
et de faire et où l’on se demande d’où vient
cette urgence : la machine s’est emballée.
On constate que ce discours-ci se retrouve aussi bien dans les
livres « sérieux » (Le Monde en
2050, Nicole Gnesotto), ou ceux qui relèvent peut-être
d’une vision New-Age un peu « illuminée » (The
Mystery of 2012 predictions, prophecies & possibilities – ouvrage
collectif publié à Boulder Colorado –)
1.4. Où l’on se dit qu’il faut que les gens
en aient envie pour que cela fonctionne. Le
désir comme clef de l’avenir ?
1.5. Où l’on se dit que vivre le futur au
quotidien est sans doute la démarche la plus
excitante– ce qui implique de se faire une idée
des utopies, des récits, des scénarios, des fictions
qui vont mener le monde dans les années qui viennent..
1.6. Où l’on essaie enfin de se faire une idée
de qui dit quoi, c'est-à-dire une Typologie
des Prospectivistes de tous bords et de tous poils, professionnels
ou amateurs, charlatans ou savants – puisque après
tout les premières années de nos prochaines années
sont avant tout la prise de parole de tous à tous moments.
Dans
ce « roman chorale » du monde à venir
notre partition sera celle des prochains scénarios de
l’art des choses simples… à suivre donc
Christian
Gatard